CHOLERA

Le choléra est une maladie diarrhéique due à certaines souches de Vibrio cholerae, un bacille isolé en 1883 par Koch en Egypte. Vibrio cholerae sérogroupe O:1, biotype El Tor, est répandu sur toute la planète, qui subit actuellement la 7° pandémie de choléra. En 1997, 147 425 cas et 6 274 décès ont été déclarés à l'Organisation Mondiale de la Santé par 71 pays, l'Afrique étant le continent le plus touché au vu du nombre de cas signalés. Des chiffres sans doute bien en dessous de la réalité…


Epidémiologie

Le choléra semble être resté confiné au sous-continent indien jusqu'en 1817. Cette date marque le début de la première pandémie cholérique qui envahit jusqu'en 1823 l'Asie, le Moyen-Orient, et en Afrique, Madagascar et la zone littorale de Zanzibar. D'autres pandémies se sont succédées, ayant toutes l'Asie comme point de départ, atteignant tous les continents et progressant de plus en plus rapidement avec l'amélioration des moyens de transport. Nous sommes actuellement dans la 7° pandémie qui, partie de l'Indonésie en 1961, a envahi l'Asie (1962), puis le Moyen-Orient et une partie de l'Europe (1965), s'est ensuite étendue en 1970 au continent africain, et en 1991 à l'Amérique Latine.
C'est en Afrique que la situation est la plus préoccupante actuellement. Alors que le nombre de cas a diminué entre 1995 et 1996 sur les autres continents, il a augmenté de 53% sur le continent africain, avec un taux de létalité de 5,7%. Les conflits et les mouvements de masse de réfugiés favorisent les épidémies : on estime que le choléra aurait tué 23 800 personnes dans les camps de réfugiés rwandais installés en juillet 1994 à Goma dans l'ex-Zaïre. Quatre ans plus tard, près de 13 500 cas de choléra et près de 800 morts ont déjà été déclarés à l'O.M.S. dans la République Démocratique du Congo entre janvier et mai 1998. Dans cette même période, 20 000 cas et 1000 morts ont été signalés en Ouganda.
Jusqu'en 1992, Vibrio cholerae O:1 était le seul agent connu du choléra. Cette année-là, une nouvelle souche est apparue en Inde et au Bangladesh : le sérogroupe O:139, encore appelé "Bengale", dont il est aujourd'hui impossible de prévoir l'évolution.


Transmission

Le vibrion cholérique est une bactérie très mobile, aux exigences nutritionnelles modestes, dont l'homme est le principal réservoir. La maladie résulte de l'absorption par la bouche d'eau ou d'aliments contaminés. Une fois dans l'intestin, les vibrions sécrètent notamment la toxine cholérique, principale responsable de l'importante deshydratation qui caractérise l'infection : les pertes d'eau peuvent atteindre 15 litres par jour. Les selles diarrhéiques libérées en grande quantité sont responsables de la propagation des bacilles dans l'environnement et de la transmission oro-fécale. Mais les contacts interhumains directs peuvent aussi intervenir dans la propagation des épidémies de choléra. De plus, l'existence d'infections asymptomatiques et la période d'incubation favorisent le transport des bacilles sur de plus ou moins longues distances.
Les principaux facteurs favorisants la transmission de l'infection sont le niveau socio-économique et les conditions de peuplement. Les fortes concentrations de population associées à une hygiène défectueuse jouent un rôle important dans l'apparition et le développement d'une épidémie de choléra. La diffusion épidémique est quant à elle liée aux moyens de transport.


Symptômes et traitement

L'incubation - de quelques heures à quelques jours - est suivie de violentes diarrhées et de vomissements, sans fièvre. En l'absence de traitement, la mort survient en 1 à 3 jours, par collapsus cardio-vasculaire dans 25 à 50% des cas. La mortalité est plus élevée chez les enfants, les personnes âgées et chez les individus carencés.
Le traitement consiste essentiellement à compenser les pertes digestives d'eau et d'électrolytes. La réhydratation est assurée par voie orale ou par voie intraveineuse, selon le degré de deshydratation. L'amélioration est perceptible au bout de quelques heures et la guérison est totale et obtenue en quelques jours.
L'antibiothérapie peut être utile dans les cas graves, mais l'émergence de souches de vibrion cholérique multirésistantes aux antibiotiques en limite de plus en plus l'indication.
Les mesures d'hygiène générale sont essentielles dans la lutte contre le choléra, impliquant une véritable mobilisation sanitaire en cas d'épidémie, et un développement de l'éducation sanitaire dans les pays où le choléra sévit régulièrement. Mais il est prévisible que cette élévation du niveau d'hygiène ne sera pas réalisée avant plusieurs années dans les pays atteints par le choléra. Il serait donc intéressant de disposer d'un vaccin efficace, sans danger et offrant une protection durable.


Vaccination

Il n'y a plus de vaccin anticholérique actuellement disponible en France. L'ancien vaccin, à base de germes entiers tués administrés par voie sous-cutanée, a été retiré du marché en raison de son efficacité insuffisante (protection de 50% des sujets pendant environ six mois). Un premier vaccin oral constitué de bactéries tuées et de la sous-unité B de la toxine cholérique a fait l'objet d'un vaste essai au Bangladesh entre 1985 et 1989 (60 000 personnes) : la protection obtenue a été de 85% les 6 premiers mois mais de 51% seulement au bout de 3 ans. Un second vaccin oral, à base de souches vivantes de virulence atténuée (dont les gènes codant pour des toxines ont été supprimés) fait actuellement l'objet d'un essai sur le terrain en Indonésie. Ce vaccin présente un risque de réversion vers la virulence de la souche vaccinale par échange horizontal de matériel génétique avec des souches sauvages virulentes. Il est donc indispensable de poursuivre les recherches sur la vaccination anticholérique. Une nouvelle voie de recherche est actuellement explorée, notamment à l'Institut Pasteur, visant à développer un vaccin polysaccharidique conjugué administré par voie sous-cutanée

 

[Données de l'Institut Pasteur presse@pasteur.fr]